Un
peu dHistoire
Les
premiers Centres Sociaux
sont
nés à la fin du XIXème siècle dans la banlieue de Londres, où des pasteurs et des
universitaires sétablirent au milieu des catégories les plus pauvres du
prolétariat industriel qui y étaient reléguées. Ils appelèrent «settlements» leurs
établissements, et cela reste le terme consacré au plan international.
Très
vite, des initiatives semblables se multiplièrent
aux
États - Unis et en Europe. En France, ce sont les résidences sociales, en particulier la
Résidence sociale de Levallois Perret qui simposera comme le pivot et un peu la
référence du genre, sans doute du fait de la personnalité de sa directrice, Marie
Jeanne BASSOT (1876 - 1935). En 1922, une vingtaine détablissements se regrouperont
pour créer la Fédération des Centres Sociaux de France. Peu nombreux entre les deux
guerres (à peine une soixantaine au lendemain de la seconde guerre mondiale) les Centres
Sociaux connurent leur véritable essor à partir des années 1960. On comptait 211
Centres regroupés dans la Fédération nationale en 1960, 400 en 1970, 1000 en 1980. Leur
développement est lié au phénomène des grands ensembles et à la mutation du monde
rural. Les Caisses dallocations familiales et la Mutualité sociale agricole ont
joué un rôle déterminant dans ce développement. Mais les Centres bénéficièrent
surtout de la dynamique associative qui se manifesta à cette époque dans tous le pays.
Les
centres sociaux sont gérés par des associations indépendantes. Si, dans les années
fastes, une dominante socioculturelle est apparue, à partir du milieu des années 1980,
avec la récession économique, les aspects insertion sociale et santé sont redevenus
essentiels. Louverture à léconomique marque lévolution récente des
Centres dont la démarche sinscrit désormais dans une problématique de
développement local.
Qui
vient ?
Tout
le monde.
Sans
distinction d'âge, de race, ni de situation sociale. Cependant, chaque Centre est
aujourd'hui amené à considérer certains groupes comme prioritaires, parce que plus
fragiles, plus démunis, plus menacés : familles monoparentales, personnes âgées,
adolescent ou jeunes en difficulté, chômeurs.
Mais
ces priorités ne constituent pas des exclusives.
Les
Centres sociaux refusent de devenir des ghettos pour public en difficulté. Comparés à
d'autres dispositifs où les personnes sont étiquetées en fonction de leur travail (ou
de leur non-travail), le Centre Social n'est pas un lieu culpabilisant. On y parle d'abord
d'épanouissement, promotion, citoyenneté. Alors que pousser certaines portes peut être
un geste parfois stigmatisant, celles d'un Centre Social sont si souvent ouvertes et pour
des causes si diverses (culturelles, ludiques
) que les personnes se sentent
préservées dans leur dignité.
Quest-ce ?
Implantés
au cur des quartiers,
dans les villes et en milieu rural, les 1200 Centres sociaux, sont des lieux d'animation
sociale et culturelle ouverts à tous les habitants. Chacun peut y trouver des activités
et des services dans les domaines les plus variés : insertion, loisirs, logement, garde
d'enfants, etc.
Un
Centre Social est donc un équipement collectif et polyvalent pour les habitants du
voisinage. Ce sont des équipements de proximité
qui s'inscrivent dans une tradition et qui ont un projet.
Depuis leur création, à la fin du siècle dernier, les Centres sociaux ont eu pour objectif prioritaire de faire participer Les habitants à l'amélioration de Leurs conditions de vie, au développement de l'éducation et l'expression culturelle, au renforcement des solidarités, à la prévention et la réduction des exclusions.
La spécificité du Centre
Social
réside ainsi dans la participation des habitants à son élaboration et à sa gestion.
Dans un contexte
largement dénoncé de «fracture sociale», Les Centres sociaux, parce qu'ils sont
implantés dans Les quartiers et les zones les plus sensibles, sont, partout où ils
existent, un des maillons essentiels dans la lutte au quotidien contre l'exclusion. Si, de
plus en plus, ils sont parfois obligés de travailler dans l'urgence - et le déplorent -
les Centres sociaux souhaitent avant tout inscrire leur action dans la durée. Leur
objectif permanent est la recherche du mieux vivre dans la cité et ils sont fiers de se
définir comme des lieux de citoyenneté.
Une déontologie
La
conception du Centre social et socio-culturel
Le
Centre social et socio-culturel entend être un foyer dinitiatives porté par des
habitants associés appuyés par des professionnels, capables de définir et de mettre en
uvre un projet de développement social pour lensemble de la population
dun territoire.
Les
valeurs de référence
Se
plaçant dans le mouvement de léducation populaire, les Centres sociaux et
socio-culturels réfèrent leur action et
leur expression publique à trois valeurs fondatrices : la dignité humaine, la
solidarité et la démocratie.
La
dignité humaine
Reconnaître
la dignité et la liberté de tout homme et de toute femme est lattitude première
des acteurs des Centres sociaux et socio-culturels.
Laccueil,
lécoute et le respect de chacun rend possible le dialogue personnalisé.
Le
regard porté sur les autres se garde des préjugés moraux et culturels.
La
reconnaissance laïque de la pluralité des croyances évite le renvoi de chacun à sa
conscience individuelle ou au repli identitaire.
Lattention
donnée aux qualités et aspirations de lautre ouvre les chemins de la
convivialité, des progrès personnels et des coopérations réciproques.
La
Solidarité
Considérer
les hommes et les femmes comme solidaires, cest à dire comme étant capables de
vivre ensemble en société, est une conviction constante des Centres sociaux et
socio-culturels depuis leurs origines.
La
progression de lindividualisme et la persistance de contradictions sociales
nempêchent pas les Centres sociaux et socio-culturels de penser que les hommes et
les femmes se construisent comme personnes au travers de leurs rapports aux autres.
Les
individus deviennent des acteurs solidaires lorsquils sengagent dans des
rapports sociaux quils contribuent à constituer, tels que les liens familiaux, les
relations de voisinage, les convivialités, les solidarités de groupe, les rencontres
interculturelles, les participations associatives, les rapports de travail, les
engagements citoyens
Échanger des savoir-faire, entrer dans des réseaux
dentraide, soutenir linsertion sociale et économique de chacun, défendre les
droits des personnes à vivre en société, solidarisent les individus.
La
Démocratie
Opter
pour la démocratie, cest, pour les Centres sociaux et socio-culturels, vouloir une
société ouverte au débat et au partage du pouvoir.
Les
Centres sociaux et socio-culturels entendent établir, et au besoin conquérir, avec et
pour les habitants dun quartier, dune ville, dune agglomération ou
dun pays, des espaces de discussion et de participation à des prises de décision
concernant leur vie quotidienne et celle de la collectivité.
Opter
pour la démocratie cest aussi sengager concrètement dans des actions
collectives, mêmes modestes, dont les finalités, les modalités et les résultats
peuvent être débattus.
La
démocratie participative, en proposant, en agissant, en contestant, est nécessaire à la
vie politique locale. La force de la démocratie locale cest lengagement
civique des citoyens.
Nos
Façons d'Agir
Laction
des Centres sociaux et socio-culturels senracine dans lexpérience vécue des
habitants. Elle associe la sensibilité et la rationalité des acteurs. Elle trouve une
condition de son élaboration et de sa conduite dans la convivialité créée par le
centre social.
L'élaboration
de l'action
La
vision des Centres sociaux et socio-culturels ne fractionne pas la vie humaine en
autant de segments quil y a dadministrations ou de prestataires de service :
elle identifie ce qui fait la globalité de lexistence individuelle et des
situations collectives.
Les
Centres sociaux et socio-culturels prennent autant en compte les potentialités que les
difficultés. Ils font de lécoute et de la rencontre des habitants, mais aussi de
lobservation et du recueil méthodique de données, les instruments de leurs
analyses, contribuant ainsi à lélaboration de diagnostics territoriaux
concertés.
Les
Centres sociaux et socio-culturels insèrent leur action quotidienne dans un projet
social cohérent et pluriannuel, explicitant objectifs et moyens. Référé aux
caractéristiques du territoire, ce projet est élaboré avec les habitants et concerté
avec les partenaires des Centres sociaux et socio-culturels.
Avec
ce projet, les Centres sociaux et socio-culturels vont au-devant dindividus, de
groupes et dassociations, dont la préoccupation ordinaire est de construire leur
vie selon leur propre spécificité. Ils accompagnent cette volonté tout en
louvrant à la vie familiale et sociale et à la participation à des initiatives de
développement social local.
Lorsque
ces individus et ces groupes souffrent de dépendance ou dexclusion, les Centres
sociaux et socio-culturels entendent favoriser les conditions pour que ceux-ci puissent
agir librement, et discuter les projets qui les concernent à égalité de droits et de
garanties.
Les
Centres sociaux et socio-culturels nagissent pas seuls. Ils connaissent les autres
acteurs associatifs, administratifs, politiques ou économiques de leur territoire de
projet. Ils nouent avec eux les relations nécessaires aux actions à conduire. Ils
formalisent, de préférence, ces relations dans des conventions de partenariat.
Par contre, ils nentendent pas être instrumentalisés ni devenir de simples
prestataires de services ou réduire leur projet social à des délégations de service
public.
La
conduite de l'action
Dans
la conduite de leurs actions, les Centres sociaux et socio-culturels entendent être participatifs,
opérationnels et responsables.
Participatifs, les
Centres sociaux et socio-culturels le sont dans leur constitution même et dans leur
fonctionnement en associant, dans laction et dans les instances consultatives et
délibératives, des habitants auteurs et acteurs du projet social, des
administrateurs bénévoles et des salariés qualifiés acquis au projet.
Participatifs, ils
le sont lorsque, délibérément, ils inscrivent lengagement actif dhabitants
et de bénévoles dans une logique déducation populaire en favorisant leur
formation. Participatifs, ils le sont, lorsquils prennent publiquement la parole
pour avertir et faire des propositions ou pour dénoncer linacceptable.
Participatifs,
ils
le sont, lorsquils coopèrent avec des acteurs publics, afin de produire avec eux
des biens publics, tels que, par exemple, la qualité des espaces collectifs
ou lesprit civique.
Opérationnels, les
Centres sociaux et socio-culturels le sont par leur capacité à conduire avec
professionnalisme une pluralité dactions coordonnées, ponctuelles ou durables,
individuelles ou collectives, dans la proximité ou pour lensemble dun
territoire.
Responsables, les
Centres sociaux et socio-culturels le sont lorsquils sactivent à
rassembler les moyens de leur projet social tels que le concours actif de
bénévoles compétents, le recrutement de salariés qualifiés, la transformation
demplois précaires en emplois permanents, la disposition de locaux adaptés,
lobtention de financements pérennes.
Responsables, ils
le sont aussi lorsquils font connaître aux habitants et à leurs partenaires leur
programme daction, lorsquils gèrent avec rigueur largent public qui
leur est attribué, lorsquils se soucient de soumettre leurs actions et leur gestion
à lévaluation interne et externe.
un acte
politique
Les
Centres sociaux et socio-culturels se créent un espace d'élaboration partagée du
"projet centre social et socio-culturel".
Ils
acquièrent collectivement une capacité politique à dire publiquement leurs
finalités, leurs modes d'action et à prendre part au débat public.
Ils
se dotent démocratiquement d'instances garantes de leur volonté commune.
Ils
se donnent les moyens, y compris financiers, de préserver leur indépendance.
Ils
nouent des liens à l'échelle européenne et internationale de façon à faire progresser
leurs valeurs et leurs formes de pratique.
un acte
stratégique
Les
Centres sociaux et socio-culturels se mettent en réseau, à différents échelons de
territoire, pour mutualiser leurs capacités, pour partager leurs difficultés, et pour s'organiser
stratégiquement quant aux actions à conduire et aux partenariats à établir.
Les Centres sociaux
et socio-culturels font valoir, plus haut et plus fort, le sens et l'efficacité de leur
propre action au bénéfice d'une société plus solidaire.
Financements
Dans
le financement d'un Centre Social, on distingue deux parties :
la
fonction d'animation globale qui donne son sens aux différentes actions.
les
activités et services mis à disposition de la population par le Centre Social.
La
fonction d'animation globale fait l'objet d'un financement pluriannuel.
La
CNAF fixe chaque année le montant de la prestation de service attribuée par les Caisses
d'allocations familiales à l'issue de la signature d'un contrat pluriannuel sur un projet
négocié. L'agrément est accordé par les CAF.
Le
montant de la prestation de service représente 40 % des dépenses d'animation globale
plafonnée.
Les
municipalités et les conseils généraux apportent aussi leur concours financier.
L'État
continue à prendre en charge partiellement des emplois entrant dans le cadre de
l'animation globale. Ce sont les postes Fonds de coopération de la Jeunesse et de
L'Éducation populaire .
Les
usagers du Centre contribuent eux aussi au financement de cette fonction.
Les
services et activités doivent trouver leur financement auprès des partenaires
concernés. Selon qu'il s'agit d'activités sociales, de loisirs, destinées à des
populations spécifiques : enfants, migrants, femmes chefs de familles... elles font appel
à des fonds particuliers des CAF, FAS, Jeunesse et sports, Conseil général,
municipalités. Certaines activités sont autofinancées par les usagers.
De
plus, le Centre Social s'inscrit souvent dans des opérations locales ou nationales qui
reçoivent des ponctuels : actions d'insertion, réhabilitation sociale des quartiers,
promotion de la santé. Chaque Centre Social dispose d'un budget qui lui est propre et ce
budget peut varier de quelques centaines de milliers dEuros.
Les organismes qui gèrent tes Centres
sociaux :
Ce
peut être une association toi 1901. Plus de 70 % des Centres sociaux agréés sont
actuellement en gestion associative.
Les
CAF, La MSA, des municipalités ou CCAS, des promoteurs sociaux peuvent aussi gérer des
Centres sociaux, soit en gestion directe, soit en co-gestion.
Fonctionnement
Un
Centre Social n'existe que par l'équipe qui le fait tourner. Plus ou moins
importante selon la taille du centre, cette équipe est toujours composée de bénévoles
et de professionnels salariés. Ces bénévoles sont des habitants du quartier, usagers du
Centre Social qui sont devenus acteurs de son fonctionnement ou de sa gestion. Chaque
Centre Social est en effet géré par un conseil d'administration.
Pour
qu'il y ait Centre Social, il est donc indispensable que les habitants soient plus que de
simples clients de services ou d'activités
conçus, décidés, animés ou gérés par d'autres. Par ailleurs, chaque Centre Social
fonctionne sur un principe dit d'animation globale. C'est l'animation globale qui donne à
la polyvalence du centre tout son sens, sa vraie dimension. Elle se caractérise par la
prise en compte de l'ensemble de la problématique sociale locale. Grâce à elle, le
Centre Social n'est pas une simple juxtaposition de services, d'activités, d'actions. Il
existe entre elles un lien, un fil conducteur. C'est sur la base de cette fonction
d'animation globale qu'est attribué l'agrément Centre Social par la Caisse d'Allocations
Familiales. Cet agrément est attribué à l'issue de la signature d'un contrat
pluriannuel sur un projet négocié. Il ouvre droit à une prestation de service.
Quy
trouve t-on ?
De
nombreux actions et services.
Depuis le postscolaire, les cours de cuisine, le centre de loisirs sans hébergement, le secteur des jeunes, un atelier de création-couture, le Relais, une halte-garderie, la rédaction du journal du quartier, etc.
Ouvert
à toute attente et à toute proposition des habitants, le Centre Social répond en
priorité aux nécessités de la vie quotidienne qui peuvent être prises en charge dans
le cadre du voisinage. En particulier, les problèmes de santé, de gestion du ménage, la
formation et l'information des habitants, l'accès aux administrations, les tâches
éducatives de la famille, les problèmes du troisième âge, etc. Il est le lieu
traditionnel d'intervention des travailleurs sociaux.
S'il
est utilitaire par vocation première, le Centre Social n'exclut pas de son champ d'action
les loisirs, ni la culture, ces activités correspondant à des besoins d'épanouissement
personnel qui, aujourd'hui plus que jamais, sont légitimes.